Cette publication est un compte rendu IA établi à partir de la transcription du “Café des Membres”, une réunion virtuelle entre les membres du Café Viennois. Plus d’informations :signal.viennois.cafe
Le 19 septembre 2026, durée : ~90 minutes, Participants : U. (Ulrich), V. (Vince), J. (Jérémy), S. (Scuba). Lieu : Café Viennois (punkto.app)
Ouverture : Go to Human, contre le Verbiage de Guerre
La session de reprise, après les vacances, s’est ouverte sur un outil que V. dit avoir inventé :Go to Human. Le go-to-market classique, a-t-il expliqué, parle en guerrier : optimiser, convertir, outiller. Or le cercle, lui, veut un marché, mais un marché pacifique. Il s’agit de remettre au centre des traits spécifiquement humains, et de changer le verbiage avant de changer l’outil.
Le diagnostic qui portait le reste de la soirée était déjà là. Tout le monde est désormais en compétition avec tout le monde, sur toute la planète, y compris avec des gens qui ont des agents. V. connaît un homme qui écrit cinq mille lettres par jour ; un autre a sorti huit cents livres. Sur X, des comptes comme Brivael montrent qu’on peut produire du volume à la chaîne. Les gens en ont marre. Ce qu’il faut, a-t-il dit, c’est induire unthaumazein: un état d’étonnement, capter en dix secondes, savoir ce que l’auditoire veut, et lui donner un geste pratique qu’il peut mettre en place le soir même. Le problème actuel, c’est qu’on vous force à maîtriser une pile d’outils. Lui n’en a pas envie. Il a cité un outil, « l’univers », dont le mérite est d’enlever le risque technique : plus de course à la stack, l’humain redevient le centre.
Derrière cela, une lecture de Max Scheler. Valeurs sensibles, vitales, spirituelles, sacrées. Sans base sacrée, on ne crée plus de communauté : tout devient transactionnel. Les chrétiens ont le Christ, d’autres le Bouddha ; on n’est pas que des automates. Le GTM qui ne vise que le client à convertir renforce la robotisation de la relation. Les gens, a insisté V., veulent quelqu’un avec qui poser le cerveau. Il faudra toujours manger, dormir, savoir d’où vient la nourriture. On l’oublie.
Le Volume n’est pas le Mal : le Tri l’est
U. a resserré. Ce n’est pas que le signal se brouille : il se complète d’un déluge. Le plus dur n’est pas qu’il y ait beaucoup de contenu, c’est de trouver le bon signal dans le bordel. C’est le travail des individus.
Il a rappelé une conversation avec Stéphane Mallard et une règle économique simple. Ce qui compte, ce n’est jamais les méthodes de production, jamais les étapes intermédiaires. La seule chose qui rentre en compte, c’est l’état final : la consommation. Si le consommateur valide ce que l’entrepreneur lui propose, les étapes intermédiaires s’ajustent après coup. Avec l’IA, c’est la même chose. Un texte assisté ou créé par une machine, s’il est accepté par le marché, est OK. Quand les gens lisent du Brivael ou du Livrier, ils se fichent de comment c’est produit. Si l’idée est bonne et qu’elle résonne, c’est cela qui importe.
De là sa lecture de la tribune d’intellectuels et d’écrivains de gauche contre l’IA : ce n’est pas le « travail de l’esprit » qui s’effondre, c’est un prestige construit sur des années de mémoires, de thèses, de canons. Beauvoir, Sartre, Derrida. Ils se rendent compte que cela ne retient plus. U. trouve cela génial.
La compétition, a-t-il ajouté, n’est pas née avec l’IA. L’athlète a toujours été en concurrence ; un CV aussi. La technologie est une force égalisatrice : les moyens de production sont disponibles pour tout le monde. Il reste l’individu, comment il saisit ces moyens pour faire passer une idée de l’idée au réel. Les meilleurs s’en sortent, et c’est bien : de manière indirecte, cela bénéficie à tous.
V. a marqué l’accord, puis la réserve. Meilleur en quoi ? Même un « roi du cosmos » a besoin d’un transport, de services, de nourriture. Il faut une communion autour de cela, une cellule, pas seulement la performance technique. Sinon l’on est fort sur un axe et dépendant partout ailleurs.
S. a refusé le « tout le monde en a marre ». Chacun apprend autrement : certains lisent, d’autres ont besoin d’entendre. Le techno-solutionnisme, c’est l’app qu’on vous force à prendre pour optimiser x, y, z, alors qu’on n’en a pas vraiment besoin. On reste libre de ne pas l’ouvrir. À l’inverse, plus de solutions IA, c’est aussi plus de choix. L’isolement actuel, il ne le met pas sur l’IA : évolution de la société, services, État qui casse les liens. On paie l’impôt, on n’a plus le temps, « l’État s’occupera du voisin ». Lui vit au village : œufs, miel, voisins.
Amitiés Cassées, Pathos, et la Mort du Débat
Les quatre ont le même fait. Des amitiés de quatre, dix, quinze ans qui sautent sur des idées libérales, traitées comme un crime. S. ne parle plus d’amis de dix ans, qui collent fascisme et libéralisme. U. a perdu un ami de quinze ans pour la même raison, « comme un meurtrier ». V. a raconté un lien de quatre ou cinq ans qui a capoté sur un clash de valeurs, jusqu’à la fierté d’être blanc. On est devenu jetable. On colle « facho » à quiconque parle de liberté.
V. a cité Bastiat : s’il n’y a pas d’échange de biens entre les pays, ce sera les armes. Il pense qu’il y a la même chose avec les idées. Le philosophe, le psychologue, veulent comprendre les mécanismes, même d’un psychopathe. La plupart des gens jugent, mal nomment, et s’arrêtent. D’où sa méthode : mettre des propriétés sur sa vie, un geste basique (vivre sans plastique, par exemple), induire unthaumazein, puis élargir. Inutile de lier amitié avec des gens sans discipline. Être direct sur ce qu’on pense et ce qu’on fait, pour éviter la surprise.
J. a trouvé le mot « gauchiste » trop large. Il a ramené un débat néo-réactionnaire : idéalisme contre réalisme. Pousser assez fort un mode (mélange, isolement, interdiction de dire) fait la réalité. Prophétie auto-réalisatrice. Puis l’on dit : voyez, le marché libre ne marche pas. On l’empêche. Autre idée NRX : deux modes, le marché (doux) et la force. En politique, pour aligner tout le monde sur une idée, la contrainte revient. C’est la critique de la démocratie. Le réalisme, c’est que la vie en société, c’est cela, quitte à ce que la NRX aille plus loin que lui.
U. a dit le mélange : des morceaux de NRX qu’il refuse, d’autres qui collent au réel. Il a découvert le podcast Fumigènes, dense, les gens ont lu. Il écoute NIMH, Rage Culture, le gros blog NRX en France, invité début octobre au café. Il voudrait lire leTraité néo-réactionnaireavant. J. a proposé le raccourci : les vidéos d’Ego Non et de Rochdy sur le livre.
Un montage YouTube autour de Sardoche a servi d’exemple : bien coupé, ultra biaisé, pas un débat. V. et J. ont repris le triptyque éthos, logos, pathos, via Charles Gave. La gauche qu’ils visent est dans le pathos : ad hominem, « ce n’est pas gentil », « l’économie c’est froid ». Éthos et logos tiennent mieux. On y revient toujours : Aristote, Socrate, Platon.
Grecs, Robots, Accélération, Consentement
U. a poussé le fil grec. Le progrès, c’est libérer du temps humain pour la pensée. En Grèce, des milliers d’esclaves ont donné à Aristote, à Périclès, le loisir d’où est sortie presque toute la base de la pensée occidentale. Beaucoup ne veulent pas penser.
V. a rappelé Platon : chacun son rôle pour l’harmonie. On ne sait pas qui veut quoi ; c’est pour cela qu’il y a un marché. S’il fonctionne, on réduit l’entropie. La gauche critique aujourd’hui le remplacement de l’immigration par des robots : c’est exactement ce qu’ils disent, version moderne de l’esclavage, sauf que les robots ne sont pas prêts. Éthique, lois de la robotique, rien n’est posé noir sur blanc.
J. a cité une comparaison ChatGPT / Claude. D’un côté, des centaines d’humains qui notent les réponses. De l’autre, des règles de base et une auto-évaluation. Genre de lois de la robotique. Il s’est dit plutôt e/acc, descriptif pour l’instant : brider comme l’Union européenne, l’Europe à la traîne ; les Chinois open-sourcent et cela carbure. Accélérer plutôt que museler. Mitigé sur la singularité.
V. a ramené le civisme. Base de toute société : venir en paix, donner un crédit d’attention. On vit dans une société à confiance zéro, on ne sait plus qui fait quoi, on trouve normal que les gens truandent. Le geste qui ne coûte rien : « je ne consente pas », demander des comptes à qui a le pouvoir. Dire que la fraude est de la fraude. Sinon c’est la violence, et l’on n’est pas meilleur que des animaux. Le système a besoin du consentement. Un mauvais programme mental suffit à créer la prophétie auto-réalisatrice.
U. a posé la condition : encore faut-il un marché libre des idées. Les idées socialistes sont subventionnées comme jamais, par le contribuable, par l’ordre des médias, par l’Arcom qui se présente comme neutre et ne l’est pas. Le libéral n’a ni l’argent public ni l’agence. Il y a triche.
V. a refusé de « rééquilibrer » dans la matrice. Mieux : se mettre hors espace-temps, créer de la valeur qui ne peut pas être parasitée, monde des essences que Platon et Scheler avaient vu, fusionner avec cela, « donner vie à la vie ». La vérité n’est pas une valeur en soi, c’est un socle : l’arbre est vert, le langage commun, des briques sur lesquelles poser le cerveau. On ne construit pas sur du bancal. Idéaliste pragmatique : un enfant de cinq ans doit pouvoir comprendre. Donner de la valeur, l’action humaine fait le reste. Les gens à mauvaise perception de la réalité souffriront ; c’est une question de temps. U. a tranché le point qui le gène : ils souffrent, et ils apportent la souffrance pour autrui. Parasitisme.
J. a tendu le pont, via un article qu’il a publié, « poudre de poivre ». Phase d’exploration : ouvrir au maximum la fenêtre d’Overton, la concurrence valide ou invalide. Puis standardiser, amender, jeter ce qui ne marche pas, et cela devient le socle. Itération. Cela marche au-delà de la techno.
La Pilule Biologique, ou pourquoi le Débat ne Convertit plus
La table a convergé : le débat, en tant que tel, ne sert presque plus. La personne en face ne se dira pas « il a raison, je change ». V. teste avec ce qu’il appelle une pilule biologique. On est tous obligés de respirer, de manger, de dormir. Connaissez-vous votre chronotype ? Ours, dauphin, lion, loup : le Sleep Doctor. Lui est ours, mieux entre vingt-trois heures et une heure. Si la personne ne fait même pas ce geste gratuit qui lui bénéficie, inutile de débattre. C’est du vent. Les gens vous entraînent dans le pathos, vous perdez. Tout est déjà là : prends ce qui t’arrange.
S. l’a vu en famille et chez des amis : idéologie constructiviste. Imposer, pas écouter. A n’égale pas B, ils n’entendent pas. Il a reconnu le même schéma dans les longues vidéos de Viande Tiède avec Étienne Chouard : l’un répète et prend son temps, l’autre bute sur le premier mot. Dialogue de sourds. Quatre ou cinq vidéos de deux heures, a-t-il recommandé.
U. passe vendredi soir chez Viande Tiède, suite du podcast, désaccords dont le anarcho-capitalisme. Invitation ouverte.
J., en poussant le raisonnement, a retrouvé un cadre : le patchwork, l’opt-out, voter avec les pieds. Nuances avec les anarcho-capitalistes, pas un gouffre. V. a noté l’attitude : ceux qui donnent beaucoup sont dans la bienveillance, ils veulent élever ; les autres ne veulent pas changer.
S. a nommé la faille. Le libéral ne va pas chercher à modifier la personne : valeurs subjectives, envies, besoins. Il propose, il laisse libre. Le constructiviste dit : ma vision est la bonne, il faut qu’elle soit celle de tout le monde, le bien commun. D’où le pathos moral. S. se méfie du « commun » : on ne sait pas ce qui l’est.
V. a ajouté la hiérarchie réelle : il y a des gens meilleurs que d’autres sur certains aspects du réel, il faut écouter qui a passé du temps. Le débat est souvent vain parce que c’est déjà résolu depuis deux cents ans. Bastiat, Schopenhauer, des mécaniques du vivant et de la civilisation. Des technologistes ultra bons ont dix vues. S. : d’où remettre Bastiat et les libéraux dans le débat, méconnus en France.
Conclusion
Deux sujets sans rapport apparent (une stack d’IA qui écrit huit cents livres, une amitié de quinze ans qui saute) et pourtant une seule question, revenue à chaque détour : qu’est-ce qui reste, quand les méthodes de production ne comptent plus ? Le volume n’est pas le mal. Le tri l’est. Le marché, s’il n’est pas truqué, tranche sur l’état final, pas sur le prestige de l’auteur. L’individu qui saisit les moyens égaux s’en sort, et c’est souhaitable. Mais l’individu nu, sans cellule, sans sacré, sans consentement, n’est qu’un automate en compétition avec un Népalais armé d’un agent.
La session aura fait entendre, sans le théoriser, un même principe : on ne convertit plus par le débat. On propose un geste, on refuse le consentement à la fraude, on vote avec les pieds, on construit sur un socle que même un enfant de cinq ans peut tenir. Là où l’État subventionne les idées d’un camp et police celles de l’autre, il n’y a pas de marché des idées, il y a triche. Hors de cette matrice, il reste ce que V. appelle donner vie à la vie, ce que U. appelle le signal, ce que J. appelle explorer puis standardiser, ce que S. appelle ne pas imposer sa vision. La cadence, a tranché U., ce serait une fois par mois. J. a proposé d’autres créneaux, éventuellement en salle, pour un roulement de visages.
Prochaine session : à déterminer, cadence visée une fois par mois. Sujets en suspens et déjà nommés : NIMH / Rage Culture, début octobre ; leTraité néo-réactionnaire; l’échange chez Viande Tiède.



